Lucy

Le 30 novembre 1974, des anthropologues découvrent 52 restes d'un squelette vieux de 3 millions d'années au nord-ouest de l'Éthiopie, dans la vallée de l'Awash, non loin de Djibouti.

C’est un véritable cri de joie et d’excitation qui s’échappe, ce matin du dimanche 24 novembre 1974, dans les collines éthiopiennes de Hadar, de la bouche de l’étudiant en paléontologie américain Tom Gray.

Il s'agit d'une jeune femme de 1 mètre 10, avec une forte mâchoire, alertés, ses collègues de la mission franco-américaine de l’Afar (International Afar Research Expedition) accourent, en prenant soin de ne pas fouler du pied quelques fossiles d’hominidés et restent bouche bée devant le spectacle qui s’offre à eux.
Lucy est considérée aujourd'hui comme notre lointaine cousine, du groupe des Australopithèques (ou «singes du sud», en latin et grec). Ce sont des hominidés caractérisés par une forte mâchoire et une capacité crânienne faible (moins de 500 cm3).

La suite de l’histoire fait aujourd’hui partie de la légende de la paléontologie humaine. De retour au camp de base de Sidi Hakoma, les chercheurs, les guides et les ouvriers appartenant à l’ethnie Afar fêtent la fabuleuse découverte.

Le champagne coule à la santé de l’hominidé fossile exhumé de sa gangue de terre, et le petit magnétophone du campement joue le célèbre air des Beatles, Lucy in the sky with diamonds. À l’unanimité, la décision est prise de baptiser du nom de Lucy la nouvelle venue dans la famille déjà bien garnie des lointains ancêtres de notre espèce actuelle, Homo sapiens.

« C’était surtout beaucoup plus simple à prononcer que le nom savant du genre auquel elle appartenait, Australopithecus ! », raconte Maurice Taïeb.

Qui est donc cette Lucy, qui va remporter un succès médiatique sans précédent, et occuper pendant de nombreuses années la place enviée de grand-mère de l’humanité.

Ce n’est qu’au terme de travaux de datation complexes, et d’analyse de son squelette en comparaison avec d’autres hominidés connus à l’époque, que son âge et son identité précise seront établies.

Ainsi, il faudra attendre plusieurs années, et la mise en évidence d’un marqueur volcanique fiable situé un petit peu au dessous des sédiments qui contenaient le précieux fossile, pour établir son âge : Lucy évoluait il y a environ 3,2 millions d’années. L’annonce de cette datation fait alors l’effet d’une bombe.

À l’époque, explique le paléo-anthropologue François Marchal du laboratoire anthropologie, adaptabilité biologique et culturelle de Marseille, Lucy appartenait tout simplement à l’espèce la plus ancienne de la lignée humaine, et il était logique de la placer, dans l’arbre généalogique des hominidés, c’est-à-dire l’ensemble des formes humaines éteintes ou actuelles, à l’origine de toutes les autres.

Plus fort encore : Lucy, grâce aux 52 fragments osseux qu’elle a légués, et les autres fossiles exhumés à Hadar vont être à l’origine, quatre années après la découverte, de la création d’une nouvelle espèce d’Australopithèque (terme désignant un ensemble d’hominidés bipèdes africains possédant un cerveau de moins de 500 centimètres cubes et de puissantes mâchoires).

En 1978, Donald Johanson, Tim White et Yves Coppens définissent en effet l’espèce Australopithecus afarensis.

Sur la base des nombreuses études menées depuis trente ans, la morphologie et l’environnement des afarensis sont désormais bien connues.

Lucy, une femelle de vingt ans environ, mesurant à peine à plus d’un mètre, appartenait à une espèce qui a évolué pendant plusieurs centaines de milliers d’années en Afrique de l’est, de l’actuelle Ethiopie à la Tanzanie, en passant par le Kenya. Les afarensis avaient une capacité crânienne moyenne d’environ 400 centimètres cubes, c’est-à-dire la plus faible de tous les hominidés connus. Ils présentent de nombreux caractères proches des nôtres, leurs mains par exemple étant certainement capables d’une préhension très précise.

Ils possédaient une forme de bipédie, mais qui a du être utilisée par les afarensis en alternance avec le fait de grimper aux arbres. Cette bipédie devait certainement être d’un type éloigné de la nôtre, beaucoup plus chaloupée, avec des balancements latéraux importants. Une démarche qui devait poser certains problèmes à ces hominidés, car elle représentait une dépense énergétique importante, argument plaidant pour la persistance du grimper aux arbres.

Les afarensis ont évolué au cours de leur histoire dans des paysages de savane qui ont subi de nombreuses modifications au fil des temps géologiques, tour à tour plus ou moins boisées ou ouvertes, au gré des changements climatiques.

Dans leurs prudentes pérégrinations dans la savane arborée, à la recherche des racines et des tubercules dont ils se nourrissaient, voire de quelques charognes, Lucy et les siens risquaient à tout moment de croiser la route de redoutables carnivores, ou quand ils devaient traverser à pied un cours d’eau, courant alors le risque de se noyer, pour atteindre un territoire moins dangereux ou plus verdoyant.

C’est d’ailleurs vraisemblablement de cette façon que Lucy a perdu la vie, il y a quelques 3,2 millions d’années, comme semblent l’indiquer la position de son squelette et la nature des sédiments dans lesquels elle a été retrouvée.

Lucy, reconstruction de son visage par le Field Museum de Chicago.

 

 

 

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